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Célestin Simporé à Téhéran : l’Iran s’appuie sur le Burkina Faso pour sa nouvelle stratégie sahélienne

Publié le 25 février 2026 Lecture : 3 minutes.

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Les faits. C’est une visite diplomatique qui place le Burkina Faso au cœur de la nouvelle stratégie de rapprochement avec le continent africain déployée par l’Iran. Le 23 février, le général Célestin Simporé, ministre burkinabè de la Guerre et de la Défense de la patrie, a été reçu à Téhéran. Il y a rencontré le président de la République islamique d’Iran, Massoud Pezeshkian, ainsi que de son homologue iranien de la Défense et de la Logistique des forces armées, Aziz Nasirzadeh.

Si aucune annonce concrète n’a été formulée publiquement, cette visite a été l’occasion pour les deux parties d’entamer un réengagement diplomatique et militaire. « L’Iran est désireux d’utiliser ses vastes capacités pour améliorer ses relations avec les pays africains, ce qui constitue une priorité stratégique de sa politique étrangère », a affirmé Massoud Pezeshkian.

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Son ministre de la Défense, le général de brigade Aziz Nasirzadeh, a salué la formation de l’Alliance des États du Sahel (AES), décrit comme une « convergence de ces trois nations en réponse à la pression des États occidentaux. » Lors de ses échanges avec le général Simporé, Aziz Nasirzadeh a affirmé vouloir apporter son soutien aux « nations africaines indépendantes », afin de « renforcer les liens avec les pays qui poursuivent une voie souveraine et anticolonialiste dans la région ».

Le contexte. Cette rencontre intervient alors que les deux pays sont confrontés à de fortes pressions sécuritaires et diplomatiques qui fragilisent la stabilité de leur régime respectif. Le Burkina Faso est menacé par la progression des groupes jihadistes – dont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) – sur plus de la moitié de son territoire qui en fait aujourd’hui le pays le plus frappé au monde par le terrorisme avec 1 532 morts pour l’année 2024, selon le Global Terrorism Index.

Quant à la République islamique d’Iran, elle est directement visée par Donald Trump, qui menace Téhéran de frappes américaines massives si le pays refuse de renoncer à son programme d’armement nucléaire. Ce 23 février, parallèlement à la visite du ministre burkinabè de la Guerre, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmail Baghaei, a tenu une conférence de presse avertissant que toute attaque des États-Unis, même limitée, conduirait l’Iran à riposter « avec férocité ».

Outre cette menace extérieure, le gouvernement de Massoud Pezeshkian fait face à une vague de contestation sans précédent, tandis que de nouvelles manifestations étudiantes contre le pouvoir ont éclaté à Téhéran. Au moins 7 007 manifestants iraniens, dont 236 enfants, ont été tués dans la répression sanglante de ce mouvement, selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (Hrana) qui cherche à confirmer 11 744 décès supplémentaires.

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L’analyse. De plus en plus isolés sur la scène internationale, l’Iran et le Burkina Faso cherchent à établir de nouvelles alliances et à renforcer des partenariats sécuritaires avec des pays « non alignés ». Avec cette visite, le président iranien dévoile une nouvelle stratégie d’alliances politico-sécuritaires à destination des pays africains, dans laquelle l’AES endosserait un rôle central. Elle permettrait de coordonner les agendas politiques et de faire front commun, notamment lors de votes à l’Assemblée générale des Nations unies.

Si une nouvelle ère diplomatique s’annonce entre l’Iran et le Burkina Faso, la relation entre les deux pays est établie de longue date malgré une diminution de leurs échanges. Depuis le coup d’État de septembre 2022, le gouvernement d’Ibrahim Traoré a renoué avec le pays, rouvrant son ambassade à Téhéran en 2023. Une commission mixte a été mise en place pour stimuler les échanges commerciaux et les investissements. Des hommes d’affaires iraniens se rendent régulièrement à Ouagadougou à la recherche d’opportunités dans l’agriculture, l’industrie et les infrastructures.

Dans le domaine sécuritaire, le partenariat entre le Burkina Faso et l’Iran reste limité. Ouagadougou préfère encore acquérir du matériel russe et faire appel aux formateurs de l’Africa Corps, bras armé du Kremlin sur le continent. La junte a aussi privilégié la signature de contrats avec l’entreprise turque Baykar, qui lui a fourni des drones TB2 et Akinci. Le déplacement du ministre burkinabè à Téhéran pourrait viser l’acquisition de drones de fabrication iranienne – tels les Shahed ou les Mohajer – moins coûteux, mais moins performants que les modèles turcs.

Il semble déjà constituer un signal à l’attention des autres pays du Sahel. En effet, dès le 24 février, Abdoulaye Maïga, le Premier ministre malien, a reçu Mahmoud Khani Jooyabad, l’ambassadeur iranien à Bamako, pour discuter d’un renforcement de la coopération sécuritaire et technologique.

Article écrit publié en premier sur JeuneAfrique.Com

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