
Publié le 24 janvier 2026 Lecture : 2 minutes.
Fichier généré le
Chef de l’État et militaire à la fois, Mamadi Doumbouya s’appuie sur l’armée… Mais pas sur toute l’armée. Seules les forces spéciales bénéficient de sa pleine confiance. Cette attitude n’est pas nouvelle : elle remonte à bien avant le coup d’État de septembre 2021. « Il y a toujours eu une certaine méfiance entre le Groupement des forces spéciales (GFS), cette unité d’élite que dirige Doumbouya à partir de 2018, avec laquelle il va prendre le pouvoir, et le reste de l’armée guinéenne », explique François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, au micro de RFI. Une méfiance largement façonnée par la trajectoire personnelle de Mamadi Doumbouya.
Dès son retour en Guinée, au début des années 2010, Mamadi Doumbouya connaît une ascension rapide au sein de la Grande muette. Sous-officier formé à l’étranger, au sein de la Légion étrangère française, il bénéficie du soutien sans faille d’Alpha Condé, qui le promeut rapidement et lui fait suivre des formations pointues, notamment à Thiès, Libreville ou encore à l’École de guerre de Paris. Mais cette ascension fulgurante suscite des réticences. « La plupart des hauts gradés de l’armée regardent alors avec suspicion ce militaire issu de la diaspora, qui surjoue un peu de son passé de légionnaire et dont ils estiment qu’il doit son avancement éclair au fait qu’il est originaire de Kankan, le fief d’Alpha Condé », poursuit François Soudan.
la suite après cette publicité
Surveillance étroite
Catapulté en 2018 à la tête du GFS, Mamadi Doumbouya prend le commandement d’une unité d’élite qui devient rapidement un instrument de protection du régime, largement dotée en moyens humains et matériels. Lors du coup d’État du 5 septembre 2021, ses hommes et lui bénéficient du soutien de l’armée. Un appui qui ne relève toutefois pas d’une adhésion personnelle, mais plutôt d’un rejet du système Condé, d’après François Soudan. « Les réformes introduites par Alpha Condé avaient considérablement diminué leurs possibilités d’accès aux ressources financières, suscitant ainsi beaucoup de mécontentement », explique-t-il.
Depuis 2021, Mamadi Doumbouya a entrepris de redonner un pouvoir central à l’armée, en militarisant l’État par une série de décrets. Mais cette réintégration s’accompagne d’une surveillance étroite. Le chef de l’État continue de s’appuyer sur les forces spéciales, qui constituent sa garde prétorienne, et sur la gendarmerie pour assurer la sécurité de son régime. « C’est un pouvoir officiellement légitimé par les urnes, mais qui demeure en état d’alerte permanente », constate François Soudan. Porté par l’armée, le tombeur d’Alpha Condé a bien conscience que l’uniforme qui le protège est aussi celui qui peut le renverser.
La Semaine de JA est à retrouver chaque samedi sur RFI, et en intégralité sur Jeune Afrique.
Article écrit publié en premier sur JeuneAfrique.Com