
Publié le 30 novembre 2025 Lecture : 2 minutes.
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« Depuis bientôt deux ans et demi, Mohamed Bazoum et son épouse Khadija vivent dans des conditions d’isolement absolument totale », rappelle François Soudan, s’appuyant sur l’appel lancé par les enfants du couple dans Jeune Afrique. Confinés dans « une chambre, un salon, une salle de bain et un couloir », ils sont soumis à « l’interdiction stricte d’en sortir et même d’ouvrir les fenêtres ».
Leur unique lien physique avec l’extérieur reste « leur médecin personnel », autorisé à les visiter deux fois par semaine et à leur apporter de la nourriture. Cette détention, sans inculpation ni jugement, relève d’une situation que Soudan qualifie sans détour : « Cela s’appelle une séquestration ». Et malgré la levée de l’immunité parlementaire de Bazoum, la justice demeure immobile : ses avocats « n’ont jamais eu accès ni au dossier ni à leur client ».
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Les véritables raisons du coup d’État
Ce blocage prolongé tient à la fragilité même du coup d’État de juillet 2023. Le dossier d’accusation, composé « pour l’essentiel de tweets, d’écoutes téléphoniques et de clé USB d’origine douteuse », peine à tenir la route, observe François Soudan. La junte redoute surtout « un déballage public sur les véritables raisons du coup d’État, lesquelles ont beaucoup à voir avec une volonté de prédation de la manne pétrolière ».
Depuis la prise de pouvoir du général Tiani, certains de ses pairs militaires – « une quinzaine de généraux et de colonels putschistes » – ont consolidé privilèges et positions. Dans ce contexte, libérer Bazoum apparaît impossible : « S’il recouvre la liberté, la junte sait très bien qu’il ne se taira pas », souligne le directeur de la rédaction de Jeune Afrique, rappelant qu’aucun compromis n’est envisageable tant que l’ancien chef de l’État refuse de signer sa démission.
La stratégie de l’oubli
Au-delà de la crispation politique, la détention répond aussi à une logique de survie. Le général Tiani, convaincu d’être « sans cesse menacé par des complots extérieurs, en particulier français », voit en Bazoum « une sorte d’assurance tous risques, j’oserais même dire de bouclier humain ».
Les échecs successifs des médiations – du Togo, du Maroc, du Qatar ou encore du maréchal Haftar – montrent l’impasse. Reste un pari assumé : « La junte joue sur le facteur temps, calculant que la communauté internationale oubliera peu à peu » l’ancien président, dont « l’image s’effacera ». C’est contre cette perspective d’effacement que ses enfants se mobilisent aujourd’hui, espérant rompre le silence autour du couple séquestré.
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Article écrit publié en premier sur JeuneAfrique.Com