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Les stratégies et réformes du Bénin sur le chemin du tout numérique

Soutien aux start-ups, implémentation de la gouvernance électronique, restructuration des sociétés publiques de télécommunications, lutte contre la cybercriminalité, etc., découvrez comment le Bénin s'achemine progressivement vers une "Digital Nation"

La ministre de l’Economie numérique et de la Communication du Bénin, Aurélie Adam Soulé Zoumarou. Photo : Présidence du Bénin

(Bénin Révélé Mag) – Au Bénin, les six projets phares du secteur de l’économie numérique sont la mise en place de l’Internet haut débit et très haut débit sur l’ensemble du territoire ; la mise en place de la Télévision numérique terrestre (TNT) ; la généralisation de l’usage du numérique par l’éducation et la formation ; le développement de l’e-commerce et enfin de développement des contenus numériques. Pour piloter l’ensemble de ces projets, le ministère de l’Economie numérique et de la Communication. Son ministre Aurélie Adam Soulé Zoumarou était face aux journalistes ce 11 avril 2018 sur les antennes de l’Ortb pour expliquer l’engagement de son département ministériel dans la réalisation de ces six grands projets, mais également pour présenter les réformes et actions menées depuis deux ans.

Pour la ministre Aurélie Adam Soulé Zoumarou, « le secteur de l’économie numérique est l’un des quatre secteurs phares qui ont été identifiés comme étant les secteurs prioritaires pour la relance économique au Bénin. C’est un secteur accélérateur de croissance, vecteur de développement, catalyseur de dynamique et de modernisation. Nous avons donc besoin qu’il y ait des entités qui accélèrent la mise en œuvre de ces projets ».

Parmi ces entités donc, deux agences chargées de mettre en œuvre ces six projets. Il s’agit premièrement, explique la ministre, de l’Agence pour le développement du numérique (ADN) qui s’occupe des projets liés aux infrastructures du numérique, aux usages numériques et à la stratégie numérique. Deuxièmement, l’Agence des services et des systèmes d’information (ASSI). Cette dernière est principalement chargée de la mise en œuvre du projet phare relatif au Smart Gouv, l’administration intelligente ou administration électronique. Dans ce sens, l’ASSI intervient également sur les questions relatives à la dématérialisation des services publics et la fourniture des services numériques. Ces deux agences sont complémentaires et travaillent en synergie sous la supervision de la ministre de l’Economie numérique et de la Communication, Aurélie Adam Soulé Zoumarou.

Egalement dans cette vidéo, voir (à partir de 1:05:50) comment le service universel des télécoms est gérée avec Emile Kougbadi, le DG de l’ABSU-CEP.et le massage aux jeunes du secteur du numérique (à partir de 1:32:50).

Objectif, 80% de taux de pénétration d’Internet haut débit à l’horizon 2021

L’ADN dont le directeur général est Serge ADJOVI a géré le Projet de développement des infrastructures de télécommunications et des TIC (PDI2T) du Bénin. Un projet permettant de déployer la fibre optique sur l’ensemble du territoire. D’après Serge Adjovi, ce projet qui a commencé en 2016 va être complété et terminé en milieu d’année 2018. Il va permettre d’avoir du très haut débit sur l’ensemble du territoire et permettre aux entités comme BTI de baisser les coûts. « Ce projet sera complété dans les deux années suivantes par d’autres projets, parce qu’il est important d’avoir l’ensemble des 77 communes du pays qui soit raccordées à la fibre optique », indique Serge Adjovi.

Par ailleurs, 67 communes sur les 77 que compte le Bénin ont déjà un accès direct à la fibre optique. La phase I du maillage du territoire en cours a permis la réhabilitation de la dorsale nationale. 1 983 km de fibre optique ont été réhabilités pour une accessibilité facile à l’Internet au niveau des communes. Le pays dispose aussi d’un réseau d’accès en fibre optique, des boucles métropolitaines en fibre optique et 300 Km supplémentaires de fibre ont été déployés.

Directeur de l’Agence pour le développement du numérique du Bénin / Photo : Présidence du Bénin.

La phase II du projet va consister en la densification du réseau existant sur certaines villes à forte demande. Ce qui permettra de raccorder des sites de la TNT et de compléter l’ensemble des antennes 4G LTE. Pour sa part, la phase III permettra le raccordement des communes restantes et créer une boucle de sécurisation pour éviter les désagréments entre villes en cas de coupure de câbles. Elle prévoit une boucle qui ira de Cotonou à Djougou. L’objectif général visé est porter à 80% à l’horizon 2021 le taux de pénétration du territoire national par l’Internet haut débit.

L’ADN va également s’atteler à mettre en place la TNT qui permettra aux populations d’avoir des chaînes de télévision en haute définition. Un projet se terminera au milieu de l’année 2018, apprend-on.

A ce jour, indique la ministre, le taux de pénétration de l’Internet avoisine autour de 43% avec une forte part des abonnés de l’Internet mobile. Mais, il faut également l’Internet fixe et l’Internet à domicile en haut débit. Un taux qui est certes faible comme le relève la ministre en comparant avec d’autres pays. D’où la nécessité, indique Aurélie Adam Soulé Zoumarou, des investissements dans le secteur des infrastructures télécoms.

Pour une administration connectée et intelligente

La gouvernance électronique est également une préoccupation majeure du gouvernement béninois.

La ministre Aurélie Adam Soulé Zouramarou explique : « Vous avez certainement entendu parler de certaines plateformes et applications qui ont été lancé ces derniers jours. Au ministère de la Fonction publique, l’application pour la gestion de la carrière des agents de l’Etat ; au ministère de l’Economie et des Finances, la possibilité d’effectuer des déclarations en ligne ou encore la possibilité de regarder ses fiches de paie en ligne. Ce sont autant de volets de ce grand projet Smart Gouv. Quand on veut mettre un projet de cette envergure, on commence par des préalables. Nous avons mis en place un Schéma national directeur des systèmes d’informations. C’est comme un catalogue de l’ensemble des services et sous-projets qui seront abordés dans le cadre de ce Smart Gouv. Et c’est à différentes couches. On ne développe pas au hasard. Il faut par exemple fixer le référentiel des personnes physiques, le référentiel des personnes morales, le référentiel géographique et savoir comment les systèmes et bases de données mis en place vont s’interconnecter ou alors se parler entre elles. Tous ces éléments de base sont à mettre en place.  Une fois que toutes ces bases sont en place, l’ensemble de ces applications et toutes les autres plateformes pourront éclore de façon sécurisée avec les meilleures pratiques. »

Pour réussir ce SmartGouv, c’est bien entendu l’ASSI qui est à pied d’œuvre. Son directeur général, Maximilien Kpodjedo, explique que son agence a élaboré les stratégies de base pour les dix prochaines années et même plus. « Nous avons commencé à faire des choses qui n’étaient pas faites depuis. Nous nous sommes donc attelé à la mise en place des infrastructures qui pourront offrir au citoyen lamda quel que soit l’endroit où il se trouve l’accès aux services numériques qui lui permettront de faciliter sa vie et faciliter le travail des entreprises », explique le DG.

L’Agence des Services et Systèmes d'Information constitue le répertoire de ses prestataires pour l’année 2018
En premier plan, Maximilien Kpodjedo, DG de l’ ASSI. Photo : @assibenin

C’est ainsi qu’a commencé l’interconnexion des structures étatiques du Bénin et l’interconnexion via la fibre optique des ministères et structures décentralisées de ces ministères. « Nous assistons aussi les départements ministériels, par exemple le ministère du Travail pour offrir des services aux travailleurs comme la consultation des fiches de paie. Nous avons commencé et nous sommes en train d’achever la dématérialisation des processus du conseil des ministres. Ce que nous appelons e-Conseil. C’est réalisé à 90%, voire 100%. Nous sommes en phase de test avant le lancement », ajoute Maximilien Kpodjedo.

Par ailleurs, l’ASSI est engagé dans le processus de dématérialisation de l’octroi des visas et dans la construction d’un centre de données (datacenter) qui permettra d’héberger de manière sécurisée toutes les données générées au niveau des départements ministériels et au niveau des organismes publics. « Nous avons l’ambition de dématérialiser toutes les structures de l’administration et simplifier la gestion électronique des données et des documents ; de permettre à un pensionnaire situé dans un village reculé de pouvoir accéder à sa pension ou envoyer des documents concernant sa pension sans être obligé de voyager », explique le DG de l’ASSI.

Lutte contre la cybercriminalité

Un autre chantier du gouvernement est la lutte contre la cybercriminalité. La ministre Aurélie Adam Soulé Zoumarou insiste sur la nécessité de la formation. Pour elle, il faut déjà être informé sur les chose à faire et les choses à ne pas faire sur le web pour ne pas tomber dans le piège des cybercriminels. Le gouvernement s’emploiera donc à former le plus grand nombre de béninois en la matière.

Adidjatou Mathys organise une rencontre pour penser le redressement du Fodefca / Photo : AFD

Aussi, dans le cadre de l’authentification des documents publics en leur assignant des certificats et des signatures électroniques, le gouvernement a lancé un projet de clé d’infrastructure publique – PKI (Pubic Key Infrastructure) – est en cours d’implémentation. Un projet qui participe des mesures de cybersécurité pour sécuriser davantage les transactions et communications électroniques du gouvernement.

Soutien aux Startups

Pour ce qui concerne le soutien aux initiatives des jeunes, la ministre, après avoir écouté des jeunes startuppeurs, indique la nécessité de créer des incubateurs, FabLabs et centres d’accélération des initiatives des jeunes. Pour les incubateurs qui existent déjà, la ministre indique qu’il y a une réflexion en cours pour en faire des hubs plus grands.

Restructuration de Bénin Télécoms

Autre chantier du gouvernement du Nouveau Départ, la restructuration des sociétés publiques du secteur des télécommunications. Pour l’année 2015, le chiffre d’affaires des trois sociétés publiques (Benin Telecoms Services, Benin Telecoms Infrastructures et Libercom) a avoisiné 35 milliards de francs Cfa, relève la ministre qui ne manque pas de faire une comparaison : « Dans un pays comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, un opérateur comme Sonatel ou Orange qui intègre les trois dimensions citées (Mobile, fourniture d’accès à l’Internet et Infrastructures) est autour de 400 milliards de Francs Cfa de chiffre d’affaires »

L’un des facteurs de cette contre-performance au Bénin, explique la ministre, c’est la difficulté d’une entreprise publique de faire face à la concurrence des sociétés privées. La structure de prise de décision est donc ralentie et la faible capacité de réactivité aux actions commerciales de la concurrence contribuent à ces contreperformances.

Sur le chemin du tout numérique, la marche du Bénin vers la modernisation [LES STRATEGIES]
La ministre Aurélie Adam Soulé Zoumarou, le ministre en charge du Tourisme, Oswald Homeky, le président de la République, Patrice Talon et la SG de l’OIF, Michaëlle Jean. Photo : Présidence du Bénin
Pour la ministre, « l’Etat n’a pas vocation à être dans l’opérationnel ». « Cette restructuration que nous sommes en train de conduire est nécessaire », estime la ministre. La décision prise au conseil de ministre de juin 2017 indique que les actifs de Bénin Télécoms Infrastructures vont être repris et faire partie d’une société publique de patrimoine. Mais, cet actif sera confié à une gestion de type privée à une société privée.

Pour ce qui est de la restructuration en cours de Bénin Télécoms Services, la gestion sera également de type privée. Pour ce qui concerne Libercom, il y aura purement et simplement une dissolution. « L’objectif pour l’Etat, précise Aurélie Adam Soulé Zoumarou, est d’asseoir un mode de fonctionnement qui permette, chacun dans son secteur, de compétir avec la concurrence, fournir les services de qualité et aussi permettre à l’Etat de générer des revenus, puisque l’Etat possède le patrimoine et les actifs de ces sociétés. »

L’ensemble de ces actions et réformes vont concourir à faire du Bénin la plateforme de services numériques de l’Afrique de l’Ouest comme l’ambitionne le président Patrice Talon. ET par ricochet, participeront à l’accélération de la croissance et l’inclusion sociale à l’horizon 2021.

Par Bénin Révélé Mag

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